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Le 60è Montreux Jazz Festival a scintillé de mille feux ! (2ème partie)

Écrit par sur 1 août 2026

Du 3 au 18 juillet 2026, les abords du lac Léman en Suisse devenaient le centre névralgique du swing afro-planétaire. Pour fêter sa 60ᵉ édition, ce rendez-vous musical majeur en Europe n’a pas lésiné sur les moyens, les surprises et les affiches exceptionnelles. De John Legend à Gregory Porter, de Deep Purple à Billy Cobham, de Marcus Miller à Vulfpeck, en passant par The Roots, Raye et (cerise sur le gâteau) Alicia Keys, ils étaient tous là et nous aussi…

Créé en 1967, le Montreux Jazz Festival a accueilli des milliers d’artistes en six décennies, mais qui se souvient du premier musicien ayant essuyé les plâtres ? Il s’agissait du saxophoniste et flûtiste Charles Lloyd. À 88 ans, ce fringant gentleman est revenu honorer de sa présence le bouquet final de cet anniversaire fastueux en livrant une prestation vivifiante le 17 juillet 2026. Homme de paix, instrumentiste libre et audacieux, esprit vif et sage penseur, ce virtuose incontestable a traversé le temps avec la volonté farouche de susciter la sérénité et l’écoute dans un monde de plus en plus turbulent et imprévisible. « Nous sommes sur une petite planète au milieu de centaines de systèmes solaires, alors pourquoi ne parviendrions-nous pas à nous entendre sur ce bout de terre perdu dans l’immensité de l’espace ? Nous devrions tous travailler à rendre notre maison bleue plus saine. Arrêtons de détruire tout ce qui nous permet de vivre. La condition humaine est l’une de mes priorités. Je me pose souvent cette question : « Quelle peut être ma contribution pour que ma musique touche suffisamment le cœur de ceux qui m’écoutent et qu’elle élève leur esprit afin qu’ils agissent pour un monde plus juste ? ». Vous l’avez compris, je suis un idéaliste qui croit à une force supérieure, qui en appelle aux sages de cette planète. Dans un orchestre, chaque musicien peut apporter de l’eau au moulin et cette collaboration honnête et authentique permet souvent de faire avancer l’ensemble d’une formation. Nous devrions tous nous en inspirer ». (Charles Lloyd au micro de Joe Farmer)

Il y a mille façons de mobiliser les consciences. L’indignation est nécessaire mais peu productive. Agir est essentiel au XXIᵉ siècle. L’art peut-il donner l’élan décisif ? Charles Lloyd en est convaincu. La musique est un langage universel qui fait appel aux émotions, à notre intellect, nous rassemble et nourrit la solidarité. Est-ce suffisant ? Le pianiste et compositeur Brian Jackson s’interroge. Ancien colistier du poète, conteur et activiste Gil Scott-Heron, il fut un citoyen engagé dont les prises de position tranchées ont marqué une époque tourmentée quand la communauté afro-américaine bataillait pour obtenir justice et égalité des droits. À 73 ans, Brian Jackson n’a rien perdu de sa verve légendaire et continue de militer pour un sursaut populaire efficace que la jeunesse doit provoquer. « Je crois que nos enfants ont déjà en eux ce désir de renverser la table ! Ils comprennent parfaitement le monde dans lequel ils vivent, mais ils ne voient pas comment atteindre leur objectif. Nous leur donnons un très mauvais exemple. Nous, adultes, passons notre temps à nous critiquer les uns les autres. Voilà l’image que nous donnons à la jeune génération. Ce ne sont pas eux les coupables. C’est nous ! Franchement, est-il normal que les jeunes d’aujourd’hui ne soient pas excités à l’idée de se construire un avenir ? Nous devons impérativement susciter en eux l’enthousiasme qu’ils ont perdu. En tant que parents, nous avons failli à notre tâche. J’apprends beaucoup des jeunes. J’apprends à regarder le monde avec d’autres yeux. Je me rends compte que j’ai progressivement oublié la manière candide et juvénile avec laquelle je percevais mon présent. Quand je parle avec des jeunes et que nous partageons nos idées, subitement, je retrouve les sensations d’autrefois, lorsque j’étais curieux, intrépide et attentif. Nous avons trop tendance à compartimenter nos relations, à nous reposer sur nos obsessions, à laisser nos convictions d’adulte guider notre esprit et, finalement, à parvenir toujours aux mêmes conclusions : l’avenir est bouché et nous courons à notre perte. Il faut rechercher sans cesse des vibrations nouvelles, celles que nos enfants savent capter instantanément. De toute façon, ils n’ont pas vécu notre quotidien d’il y a 50 ans. Ils n’étaient pas nés à cette époque. Ils réagissent donc à leur présent et nous avons besoin de les écouter pour vivre à leurs côtés l’instant présent. C’est la meilleure chose que ces jeunes gens peuvent nous enseigner ». (Brian Jackson à Montreux, le 16 juillet 2026)

Les motivations culturelles de Charles Lloyd et Brian Jackson se rejoignent et, même si leur expression diffère quelque peu, un désir commun de plénitude les anime. Le Montreux Jazz Festival a cette vertu d’offrir aux artistes de tous horizons une liberté de ton et un espace de créativité débridée que sa longévité a progressivement légitimés.

► Pour en savoir plus

Le 60ᵉ Montreux Jazz Festival Charles Lloyd Brian Jackson.

 

Titres diffusés cette semaine :

– « Jai Ganga » par Charles Lloyd extrait de Sangam & Friends 

– « Sam on the Ganges » par Charles Lloyd extrait de Sangam & Friends

– « Lift every voice and sing » par Charles Lloyd extrait de Lift every voice

– « Home is where the hatred is » par Brian Jackson extrait de Now more than ever

– « Lady day & John Coltrane » par Brian Jackson extrait de Now more than ever

– « It’s your world » par Brian Jackson extrait de Now more than ever

– « The get out of the ghetto blues » par Gil Scott-Heron extrait de Free Will.


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