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1926-2026 : Ray Brown aurait eu 100 ans

Écrit par sur 22 août 2026

1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 13 octobre 1926 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Ray Brown fut un contrebassiste majeur dont la destinée a épousé celle des grands noms du jazz au XXᵉ siècle, de Louis Armstrong à Ella Fitzgerald, dont il fut l’époux.

Rien ne prédestinait Ray Brown à la contrebasse. S’il étudie d’abord le piano, il ne parvient pourtant pas à s’enthousiasmer pour cet instrument dont les 88 touches lui paraissent difficiles à maîtriser. Les quatre cordes de la contrebasse lui donnent l’illusion que l’apprentissage sera plus aisé. Cette réflexion simpliste et puérile sera rapidement démentie par la réalité. Quelle que soit la discipline, l’effort et la constance s’imposent immédiatement si l’on veut devenir un maestro. Le jeune Raymond Matthews Brown s’attellera donc consciencieusement à la contrebasse, seul instrument, de surcroît, boudé par ses camarades de classe. Cette heureuse initiative va décider de sa destinée future. Avec application, l’élève va progressivement acquérir la virtuosité du maître et inciter ses contemporains à le solliciter dans leurs diverses formations.

En 1946, Ray Brown a 20 ans. Il se rend à New York où l’effervescence musicale rythme le quotidien des clubs de la 52ᵉ rue à Manhattan. C’est là qu’il saisit les premières opportunités de jouer dans des orchestres fameux. Le trompettiste Dizzy Gillespie le remarque et le convie à le rejoindre sur scène. Aussitôt, son aisance artistique séduit et lui permet de fréquenter les étoiles du moment, Charlie Parker, Bud Powell, Max Roach… Il est la coqueluche que l’on encense et les labels ne manquent pas de le courtiser. Cela explique certainement une discographie imposante qui couvre un demi-siècle de swing trépidant. Sa maîtrise parfaite, son tempo assuré, sa rondeur sonore, et son attitude réfléchie, rassurent ses interlocuteurs. Ray Brown se retrouve instantanément dans la cour des grands, en compagnie de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sonny Rollins, Duke Ellington, et beaucoup d’autres…

L’un de ses colistiers préférés fut le pianiste Oscar Peterson, avec lequel il jouera pendant plus de quinze ans, mais il serait injuste de réduire l’épopée de Ray Brown à cette longue et fructueuse collaboration. Il fut d’abord un compositeur et un accompagnateur de grande valeur qui a traversé les décennies et les révolutions stylistiques sans jamais se compromettre. Fidèle à l’art du trio, il conservait une tradition authentiquement jazz héritée de ses aînés, Jimmy Blanton, Slam Stewart, Oscar Pettiford, Milt Hinton, Georges Duvivier… Converser avec Ray Brown pouvait être intimidant car sa voix posée et son ton professoral imposaient de fait le respect. Véritable gentleman, il soutenait avec une discrète vigueur le jeu fougueux de ses nombreux partenaires de scène et de studio. Il enregistra ses derniers disques en compagnie du pianiste jamaïcain Monty Alexander et du guitariste américain Russell Malone.

Le 2 juillet 2002, après une après-midi de golf à Indianapolis, il partit se reposer à son hôtel avant le concert du soir. Il ne se réveilla jamais de cette sieste qu’il s’imposait quotidiennement. Ray Brown nous quitta à l’âge de 75 ans.

Titres diffusés cette semaine :

– « Rockin Chair » par Roy Eldridge feat. Ray Brown (1955)

– « Solo for unaccompanied Bass » par Ray Brown (1956)

– « Cheek to Cheek » par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong feat. Ray Brown (1956)

– « Rock a bye your baby » par Ray Brown (1960)

– « Gravy Waltz » par Oscar Peterson feat. Ray Brown (1963)

– « The Blues » par Duke Ellington feat. Ray Brown (1974)

– « April in Paris » par Ella Fitzgerald et Oscar Peterson feat. Ray Brown (1975)

– « Everything but you » par Clark Terry feat. Ray Brown (1980)

– « Battle hymn of the republic » par le London Symphonic Orchestra feat. Ray Brown (1993)

– « Brown Funk » par Ray Brown, John Clayton et Christian McBride (1997)

– « Brown Bossa » par Ray Brown (2001).


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