Mali : Sékou Bolly défie un général et dort dans un camp
Écrit par sur 22 octobre 2026
« Tu n’es pas plus Malien que nous ! Tu n’aimes pas le Mali plus que nous ! » La phrase, lancée en bambara dans une vidéo diffusée le 3 octobre, ne vise personne nommément. À Bamako, beaucoup y ont pourtant reconnu le général Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation. L’homme qui parle n’a rien d’un opposant : Sékou Allaye Bolly, homme d’affaires peul, s’est fait une place ces dernières années comme intermédiaire entre l’État malien et les groupes armés. Et c’est justement dans l’orbite de ce ministère qu’il a construit son influence.
Sékou Allaye Bolly dit dormir dans un camp militaire
La suite de la vidéo pèse plus lourd que l’attaque. « J’ai combattu les jihadistes ici et aujourd’hui je suis obligé d’abandonner les nombreuses maisons que j’ai à Bamako pour dormir dans un camp militaire pour ma sécurité », affirme-t-il.
Un homme qui circulait avec l’appui du pouvoir de transition explique donc qu’il a besoin d’une caserne pour se sentir à l’abri. Il ne dit pas de qui il se méfie.
Ce n’est pas la première fois que Sékou Bolly se retrouve sur la défensive. En août 2023, alors présenté comme chargé de mission au ministère de la Réconciliation, il avait dû répondre à ceux qui l’accusaient de faire la promotion de la violence, après la diffusion d’une photo où il posait entouré de jeunes armés. Il assurait les avoir convaincus de déposer les armes pour rejoindre l’armée. Il demandait aussi aux autorités de soutenir les groupes d’autodéfense du centre, Dan Na Ambassagou compris, une milice dogon accusée de longue date d’exactions contre des civils peuls.
Tabital Pulaaku, l’enjeu derrière la querelle
Les deux hommes passaient pourtant pour proches. D’après Jeune Afrique, tout serait parti d’une « affaire personnelle » entre Sékou Bolly et une autre membre du cabinet. Le magazine décrit, en arrière-plan, des rivalités entre généraux et une lutte acharnée pour le contrôle de Tabital Pulaaku, l’organisation qui fédère les Peuls.
Cette dimension change la lecture de l’affaire. Dans le centre du Mali, les Peuls sont souvent assimilés aux recrues de la katiba Macina, liée au JNIM, alors que l’État cherche des relais au sein de la communauté. Tenir Tabital Pulaaku, c’est parler au nom de cette communauté face à Bamako. Pour un médiateur comme Bolly, perdre cette bataille reviendrait à perdre ce qui le rend utile au pouvoir.
En face, Ismaël Wagué n’est pas un ministre comme les autres. Porte-parole des militaires lors du coup d’État d’août 2020, il appartient au premier cercle de la transition. S’en prendre à lui, même sans le nommer, revient à défier une partie de l’appareil militaire qui dirige le pays depuis 2020.
Sékou Bolly a choisi de porter le conflit sur la place publique, en bambara, pour être compris de tous. Ce pari peut lui valoir des soutiens dans sa communauté. Il l’expose aussi davantage.