Commission africaine des droits de l’homme : l’alerte Sahel à Dakar
Écrit par sur 11 octobre 2026
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ouvre ce lundi 12 octobre à Dakar sa 89e session ordinaire. Jusqu’au 21 octobre, plus de 1 400 délégués sont attendus au King Fahd Palace, quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte africaine. Les ONG arrivent avec le Sahel en tête.
La cérémonie d’ouverture est prévue à 10 heures, sous le haut patronage du président Bassirou Diomaye Faye. La session est co-organisée avec le ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères de Cheikh Niang. D’ordinaire, la CADHP se réunit à Banjul, en Gambie, où elle a son siège. Cette année, c’est le gouvernement sénégalais qui a invité les onze commissaires, présidés par le juge Idrissa Sow. Les délégations viennent des 54 États parties à la Charte.
Pourquoi la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples siège-t-elle à Dakar ?
Le choix tient à l’histoire du texte fondateur. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples a été adoptée en 1981 à Nairobi par l’Organisation de l’unité africaine, puis est entrée en vigueur le 21 octobre 1986. Léopold Sédar Senghor en avait porté l’idée avec le Gambien Dawda Jawara. Le juriste sénégalais Kéba Mbaye a présidé le comité d’experts qui en a rédigé l’avant-projet, réuni à Dakar en 1979.
La session se refermera le 21 octobre, date devenue Journée africaine des droits de l’homme. Une première phase, à huis clos, s’est déjà tenue en ligne du 21 septembre au 1er octobre. La partie publique doit notamment permettre d’examiner les rapports de quatre États sur la situation des droits humains chez eux. Leur liste n’a pas été rendue publique.
Le Sahel dans le viseur des défenseurs des droits humains
Avant l’ouverture, plus de 200 acteurs de la société civile se sont retrouvés à Dakar pour le forum des ONG qui précède chaque session. Les débats ont surtout porté sur le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis dans l’Alliance des États du Sahel. Bineta Sidibé-Gascon, présidente burkinabè de l’observatoire Kisal, ne parle plus seulement de militants réduits au silence mais d’une répression d’une « violence inédite ». « Les disparitions forcées, c’est le mode opératoire principal de ces juntes », a-t-elle affirmé au micro de RFI.
Elle demande à l’Union africaine de hausser le ton et à la Commission de mandater des commissaires pour aller vérifier sur place. Un autre défenseur, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, décrit une presse indépendante presque disparue dans les trois pays et cite 21 journalistes contraints à l’exil dans l’un d’eux. Au Niger, les autorités ont récemment reconnu détenir le journaliste Moussa Kaka, longtemps sans nouvelles.
La CADHP ne rend pas d’arrêts contraignants. Elle adopte des résolutions, des observations finales sur les rapports des États et des décisions sur les plaintes, appelées communications, que peuvent déposer des particuliers ou des ONG. Leur application dépend ensuite de la bonne volonté des gouvernements.
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