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Prix du cacao : 900 FCFA, un fossé énorme entre Abidjan et Accra

Écrit par sur 16 octobre 2026

Le prix du cacao payé aux planteurs n’a jamais autant séparé Abidjan et Accra depuis l’an 2018. Au Ghana, le kilo de fèves vaut présentement 2 100 FCFA cette saison. En Côte d’Ivoire, il reste bloqué à 1 200 FCFA, un écart qui fragilise l’Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana au moment précis où les deux premiers producteurs mondiaux doivent prouver à l’Europe d’où viennent leurs fèves.

Prix du cacao : un écart creusé en trois semaines

Le 1er septembre, le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné ouvre la campagne principale 2026-2027 avec un prix bord champ de 1 200 FCFA le kilo, niveau fixé en mars après l’effondrement des cours. Un an plus tôt, le même planteur touchait 2 800 FCFA. Le gouvernement invoque la volatilité des marchés et des ventes anticipées, et promet 280 milliards de FCFA de soutien direct.

Accra a attendu le 25 septembre. Le Cocobod a fixé la tonne à 42 400 cedis. Depuis une loi adoptée cette année, le Ghana doit reverser aux producteurs au moins 70 % de la valeur FOB brute réalisée, et le régulateur est monté à 71,18 %. Abidjan garantit un prix fixe, calé en principe sur 60 % du prix CAF de référence. Quand les cours bougent vite, les deux méthodes divergent.

Sur les marchés, le prix du cacao a justement bougé. À Londres, la tonne est passée d’environ 2 100 livres début mars à plus de 4 800 livres fin août. Le planteur ivoirien n’en a rien vu.

L’alliance Côte d’Ivoire-Ghana sur le cacao n’a pas tenu sa promesse de juin

Le 16 juin à Abidjan, Alassane Ouattara et John Dramani Mahama signaient une déclaration pour harmoniser les prix bord champ, les primes et les calendriers de campagne des deux pays, soit près de 60 % de l’offre mondiale. Un groupe de travail s’est réuni à Accra fin juillet, puis plus rien. Fin septembre, une partie de la presse ivoirienne a même annoncé un retrait d’Abidjan du mécanisme d’harmonisation, une information qu’aucune autorité n’a confirmée à ce jour.

Le tandem est né en mars 2018 avec la déclaration d’Abidjan. Son acquis le plus concret reste le différentiel de revenu décent, une prime de 400 dollars la tonne imposée aux acheteurs depuis la campagne 2020-2021. Ce levier suppose que les deux pays parlent d’une seule voix face aux broyeurs.

Contrebande de cacao vers le Ghana : le risque est réel

Avec environ 900 FCFA d’écart sur le prix du cacao au kilo, une tonne écoulée de l’autre côté de la frontière rapporte autour de 900 000 FCFA de plus. Le précédent existe : en avril, le Cocobod accusait certains de ses agents et commis d’achat d’avoir acheté avec des fonds publics des fèves ivoiriennes passées en fraude, dans quatre régions frontalières.

Le calendrier aggrave le problème. Le règlement européen contre la déforestation importée s’appliquera aux grands opérateurs fin décembre, et chaque lot exporté vers l’Union européenne devra être rattaché à une parcelle. Les deux pays ont bâti pour cela la norme africaine ARS-1000, encore discutée fin septembre à Tema, au Ghana. Des sacs ivoiriens revendus sous étiquette ghanéenne fausseraient toute cette traçabilité.

Les planteurs ivoiriens en grève

La pression monte aussi à l’intérieur. Le SYNAP-CI de Moussa Koné a lancé le 16 septembre une grève illimitée des producteurs. Le syndicat exige le départ du directeur général du Conseil du café-cacao, Yves Brahima Koné, réclame l’écoulement des stocks invendus de la dernière campagne et pointe les prix plus élevés chez les voisins.

Abidjan se retrouve coincé. Relever le prix du cacao en cours de campagne coûterait cher au Conseil du café-cacao après des ventes à terme conclues avant la remontée des cours. Le maintenir, c’est laisser filer des fèves vers l’est. Le prix de la campagne intermédiaire, attendu au printemps, dira si la Côte d’Ivoire revient dans le giron de l’alliance ou si chacun fixe désormais son prix seul. La suite est à suivre dans notre rubrique économie et finance Afrique.

Lire aussi : Le prix du cacao en hausse au Togo et au Ghana


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