Cour pénale internationale : Washington sanctionne la CPI elle-même
Écrit par sur 10 octobre 2026
Les États-Unis ont placé la Cour pénale internationale sous sanctions vendredi 9 octobre 2026. Annoncées par le secrétaire d’État Marco Rubio, ces sanctions américaines visent pour la première fois l’institution de La Haye en tant que telle, et plus seulement ses juges ou ses procureurs. L’Afrique, où se concentrent la plupart de ses procès, regarde de près.
Marco Rubio a annoncé la mesure dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. « Soit la CPI met fin à ses menaces, soit nous mettrons fin à la CPI », a-t-il lancé, promettant d’interdire les transactions avec ce qu’il qualifie de « tribunal voyou ». Concrètement, tous les biens et intérêts de la Cour aux États-Unis sont gelés, et il devient interdit de lui fournir des fonds, des biens ou des services, détaille Al Jazeera.
Des exemptions temporaires couvrent la maintenance, les services informatiques et les régimes de retraite des quelque 900 employés. Le département d’État présente ce délai comme une fenêtre laissée aux États parties pour montrer des « progrès significatifs » sur les griefs américains.
Pourquoi Washington sanctionne la Cour pénale internationale ?
L’administration Trump reproche à la Cour son enquête sur les exactions commises en Afghanistan, qui pourrait viser des militaires et des agents du renseignement américains, ainsi que les mandats d’arrêt émis contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour des crimes de guerre présumés à Gaza. Washington avait déjà sanctionné des juges et des procureurs de la CPI, une rapporteuse spéciale de l’ONU et des ONG palestiniennes qui lui transmettaient des preuves.
Le calendrier interroge. Les sanctions tombent quelques heures après l’attribution du prix Nobel de la paix à la Sud-Africaine Navi Pillay, ancienne juge de la CPI. Benjamin Netanyahu a remercié l’administration américaine pour son « leadership ».
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Comment la CPI répond aux sanctions américaines
La procureure adjointe Nazhat Shameem Khan a déclaré à Reuters que ces sanctions « doivent être condamnées » et que le travail de la Cour continuera. L’institution appelle ses États membres à renforcer leur soutien. « L’histoire jugera ce moment », prévient-elle. Selon le juriste William Schabas, la CPI s’y préparait depuis des mois : une partie de ses logiciels américains a été remplacée par des solutions européennes et la Cour a mis fin à son contrat avec l’assureur Axa.
Ce que les sanctions changent pour l’Afrique
Le continent est le premier concerné. La quasi-totalité des personnes jugées à La Haye depuis 2002 sont africaines, et la juridiction perd déjà du terrain sur le continent. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté le Statut de Rome, et le Tchad a engagé son retrait de la CPI en juillet 2026. Washington pousse d’autres pays à suivre et a prévenu qu’il tiendrait compte des liens de ses partenaires avec la Cour au moment de distribuer son aide extérieure. Pour des États dépendants de cette aide, le message est direct.
En Côte d’Ivoire, la Cour garde ouverte l’enquête sur la crise post-électorale de 2010-2011, qui a conduit au procès puis à l’acquittement de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Cette semaine encore, l’Observatoire ivoirien des droits de l’homme lui demandait un état des lieux de ses investigations, quinze ans après leur ouverture.
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