Blanchiment d’argent en Côte d’Ivoire : l’immobilier dans le viseur
Écrit par sur 9 octobre 2026
Blanchiment d’argent : en Côte d’Ivoire, les enquêteurs ont un terrain de chasse prioritaire, l’immobilier. Le procureur du Pôle pénal économique et financier (PPEF) l’a désigné comme tel en juin, et l’affaire Djédjé Rita, qui vise depuis le 7 octobre plusieurs influenceurs connus, s’est nouée autour de projets de logements. Cette pression judiciaire intervient à quelques semaines d’une plénière du GAFI qui doit dire si Abidjan quitte la liste grise.
Pourquoi l’immobilier attire le blanchiment d’argent en Côte d’Ivoire ?
Le 10 juin 2026, à Abidjan, Jean Claude Aboya, procureur de la République près le PPEF, a dressé le bilan de son parquet devant la presse. Plus de 1 000 dossiers de blanchiment ont été ouverts. L’immobilier y apparaît comme le canal préféré des délinquants pour recycler leurs fonds, et les enquêtes visent d’abord les secteurs jugés à risque, avec une veille numérique et des investigations lancées sans attendre de plainte.
Le magistrat dispose d’un outil récent. L’ordonnance n° 2023-875 du 23 novembre 2023 permet de poursuivre le blanchiment dit autonome, sans condamnation préalable pour l’infraction d’origine ni même identification de celle-ci. Un enquêteur n’a plus à attendre qu’un trafic ou une fraude soit jugé pour s’attaquer à l’argent qui en sort. « Le Parquet financier ne laissera personne saborder l’effort collectif », a prévenu Jean Claude Aboya.
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Les chiffres du Pôle pénal économique et financier
Créé en 2020, le PPEF affichait début mai 2026 un total de 1 964 procédures traitées et 819 jugements rendus. Depuis 2022, 15 milliards de francs CFA ont été saisis sur des comptes bancaires, auxquels s’ajoutent 97 immeubles et des milliers de véhicules. Une partie de ces biens est revendue aux enchères par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs criminels (AGRAC).
La juridiction a quitté ses locaux provisoires pour un nouveau siège à Cocody-II Plateaux. Adama Coulibaly, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, l’a visité le 25 juillet avec le garde des Sceaux Sansan Kambilé. Il y voyait un argument face aux évaluateurs du GAFI, le bâtiment devant apporter selon lui « une contribution importante à l’appréciation qu’ils auront à formuler sur notre dispositif ».
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L’affaire Djédjé Rita, des logements vendus par des influenceurs
Le dossier qui a rebondi le mercredi 7 octobre 2026 correspond trait pour trait au schéma décrit par le parquet. Djédjé Grahon Rita Bénédicte a été déférée puis écrouée. Le magistrat a aussi entendu plusieurs personnalités, parmi lesquelles l’ancien international ivoirien Geoffroy Serey Dié, Apoutchou National, Maa Bio, Pantcho le gatair et Yaka Yaka de Paris. D’après les premiers éléments de l’enquête, ils auraient prêté leur notoriété aux projets immobiliers de la principale mise en cause pour attirer des souscripteurs.
Les poursuites portent entre autres sur l’association de malfaiteurs, l’escroquerie par appel public à l’épargne, l’abus de confiance et le blanchiment de capitaux, en s’appuyant notamment sur l’ordonnance de 2023 (le détail des poursuites). Toutes les personnes citées restent présumées innocentes.
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Liste grise du GAFI : où en est la Côte d’Ivoire ?
Ce durcissement répond aussi à une contrainte extérieure. Depuis octobre 2024, la Côte d’Ivoire figure sur la liste des juridictions sous surveillance renforcée du Groupe d’action financière (GAFI). Le 19 juin 2026, l’organisme a estimé, à titre préliminaire, que le pays avait pour l’essentiel achevé son plan d’action, tout en réclamant une visite sur place pour vérifier que les réformes sont appliquées et qu’elles durent. Parmi les six chantiers exigés figurent la hausse des enquêtes et des poursuites pour blanchiment, la transparence sur les bénéficiaires effectifs des sociétés et un meilleur usage du renseignement financier par les enquêteurs.
En mai, le directeur général du GIABA, Edwin Harris Junior, jugeait « plus que probable » que la plénière d’octobre 2026 entérine la sortie. Le pays revendique 39 des 40 recommandations du GAFI notées conformes ou largement conformes. Adama Coulibaly annonçait en juillet la venue des évaluateurs pour septembre.
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Un dossier suivi dans toute l’Afrique
Sur les 22 juridictions de la liste grise publiée le 19 juin, six sont en Afrique : Angola, Cameroun, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Kenya et Soudan du Sud. L’Algérie et la Namibie en sont sorties lors de la même plénière. Le Cameroun, inscrit depuis juin 2023, a dépassé tous ses délais et présentait début septembre à Abidjan son huitième rapport aux experts, rapporte allAfrica, qui illustre le prix de cette inscription par un eurobond de 750 millions de dollars émis à 10,12 %.
Bruxelles pèse aussi. En juin 2025, l’Union européenne a ajouté la Côte d’Ivoire à sa liste des pays tiers à haut risque en matière de blanchiment d’argent, et en a retiré le Sénégal. Les banques et les professions assujetties en Europe doivent appliquer des mesures de vigilance renforcées aux opérations liées à ces pays, ce qui alourdit les transferts et les relations d’affaires avec Abidjan. La Commission européenne aligne généralement sa liste sur les décisions du GAFI.
Quand saura-t-on si la Côte d’Ivoire quitte la liste grise ?
La réponse tombera lors de la plénière d’octobre 2026, la première sous la présidence britannique de Giles Thomson. Une sortie mettrait fin à la surveillance renforcée du GAFI, sans effet sur les procédures en cours devant le PPEF, dont l’affaire Djédjé Rita, qui suivent leur propre calendrier judiciaire. Les suites de ce dossier sont à retrouver dans notre rubrique Économie et Finance Afrique.