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Koumassi Campement : pourquoi Ouattara ne devrait pas lâcher Bacongo

Écrit par sur 7 octobre 2026

Quatre mois après les démolitions du 3 juin 2026 à Koumassi Campement, une question agite Abidjan : Alassane Ouattara va-t-il sanctionner Ibrahim Cissé Bacongo, ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan ? Les signaux envoyés depuis l’été vont dans ce sens, mais le calcul politique, lui, plaide pour le statu quo.

Ce que l’enquête sur Koumassi Campement a établi

Le procureur de la République, Koné Braman Oumar, a fait le point le 16 septembre 2026, lors d’une conférence de presse rapportée par Abidjan.net. Alloui Brou Jacques, qui se présentait comme propriétaire du site, reconnaît être l’auteur des démolitions et disait agir sur la foi d’une décision de justice. Selon le parquet, cette décision autorisait un déguerpissement mais pas la destruction des maisons. Interpellé le 18 juin, il a été placé sous mandat de dépôt.

Le parquet vise aussi le député de Gouméré-Tabagne, à qui il attribue un « rôle déterminant » et « le financement principal » de l’opération. Cissé Bacongo a été entendu le 24 juin par le premier président de la Cour d’appel d’Abidjan. Il a justifié les démolitions par le plan ORSEC, le dispositif d’organisation des secours. Le procureur a demandé publiquement si ce qui a été fait à Koumassi Campement répondait aux exigences de ce plan, sans apporter de réponse.

Lire aussi : Koumassi-Campement : hors du texte liminaire, ce que les questions ont fait dire au Procureur

Un président qui hausse le ton, un gouvernement qui prend ses distances

Le 6 août, dans son discours à la Nation de la veille de la fête de l’indépendance, Alassane Ouattara a annoncé des enquêtes sur les déguerpissements menés en dehors du cadre légal. « Personne ne peut agir au nom de l’État, hors du cadre légal, sans en subir les conséquences », a-t-il prévenu. Il n’a cité aucun nom, même si une partie de sa phrase « agir au nom de l’État » ramène pour l’opinion à Ibrahim Cissé Bacongo.

Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a ensuite rappelé que le gouverneur du District « ne fait pas partie du Gouvernement », puisqu’il ne siège pas en Conseil des ministres. La précision est technique, sauf que dans le contexte, elle ressemble fort à une prise de distance, ce qui confirme, toujours dans l’opinion, de vrais soucis à venir pour le ministre de la Ville.

Pourquoi Ouattara peut difficilement lâcher Bacongo

Sanctionner le gouverneur pour le déguerpissement de Koumassi Campement reviendrait à juger une méthode que le pouvoir a couverte jusqu’ici. Souvenons-nous, dans la nuit du 19 au 20 février 2024, les bulldozers du District ont rasé une partie de Gesco, à Yopougon, dont l’école Cha Hélène, en pleine année scolaire. Plusieurs établissements d’Abidjan avaient suspendu les cours en signe de protestation. Bacongo était resté en poste et avait annoncé dans la foulée 176 autres sites à libérer, au nom de la lutte contre les inondations et les éboulements. Aucune réaction vigoureuse du Président Ouattara malgré les tensions entre Bacongo et Adama Bictogo, maire de Yopougon.

Ces opérations, brutales pour les familles délogées, nourrissent le bilan urbain que le RHDP met en avant. Bacongo en est l’exécutant principal. Le désavouer sur Koumassi Campement ouvrirait la voie à des contestations sur tous les autres chantiers du District, même si le Président avait demandé plus d’humanité dans les déguerpissements à venir après ceux de Yopougon.

Reste le reproche de ne pas avoir prévenu le chef de l’État avant l’opération. Un responsable à qui le président a confié une mission n’a pas à revenir chercher son accord à chaque intervention, d’autant que chaque déguerpissement est contesté dans la ville d’Abidjan. Solliciter ce feu vert aurait engagé la responsabilité personnelle d’Alassane Ouattara, ce qui aurait pu passer pour une incapacité à faire le job. La longévité de Bacongo à son poste malgré les cris contestataires des populations déguerpies porte déjà la complicité du Président. Pourquoi Koumassi, pourquoi maintenant ?

Lire aussi : Koumassi-Campement : comment les démolitions perturbent la rentrée scolaire à l’EPP BAD-Lonaci

Bacongo et Alloui Brou Jacques, un lien jamais démontré

Des éditorialistes soupçonnent un arrangement entre le gouverneur et Alloui Brou Jacques. Aucune pièce rendue publique ne l’établit à ce jour, pas plus qu’un lien direct avec le député de Gouméré-Tabagne qu’il connaît dans le cadre politique. Selon nos informations, Bacongo aurait lui-même « été surpris » de voir Alloui Brou revendiquer les démolitions. Maire de Koumassi de 2018 à 2023, il avait toujours contesté les prétentions de cet homme sur les lots qu’il réclame dans sa commune.

Si l’illégalité dénoncée par le président vise quelqu’un en priorité, c’est sûrement le particulier qui s’est attribué une mission que seuls le District ou un ministère peuvent conduire. Si Bacongo venait à être la vraie cible, comme le laisse croire le bout de phrase « agir au nom de l’État », parfois extirpé du discours pour justifier d’autres théories, c’est le gouvernement lui-même qui se livrerait là à la justice.

L’instruction suit son cours et plusieurs familles de Koumassi Campement sont toujours hébergées à l’EPP BAD-Lonaci. Plutôt que d’accorder toute l’attention à la procédure qui pourrait durer un certain temps, le Président Ouattara devrait accélérer le dédommagement de pauvres citoyens fichus à la belle étoile sans ménagement.

Lire aussi : Côte d’Ivoire : Alloui Brou Jacques déposé en prison

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