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Le centenaire de John Coltrane

Écrit par sur 26 septembre 2026

Saxophoniste habité par une spiritualité musicale unique, John Coltrane continue de susciter révérence et admiration. La force expressive de ses œuvres a tapissé le paysage sonore du XXè siècle. 100 ans après sa naissance, son aura fascine toujours et nourrit les créations artistiques de notre temps. Ses proches, disciples, héritiers et contemporains, perpétuent aujourd’hui son message et sa vision au-delà des décennies.

Né à Hamlet, en Caroline du Nord aux États-Unis, le 23 septembre 1926, John Coltrane fut l’un des rares musiciens à avoir su conserver son intégrité sans jamais altérer son génie créatif, quitte à brouiller les pistes et à déconcerter ses contemporains. Le trompettiste Miles Davis avait très tôt ressenti la force expressive de ce virtuose inventif et lui avait offert une place de choix dans son orchestre dès 1955. À cette époque, l’univers sonore dans lequel évoluent les instrumentistes de jazz exprime leurs doutes, leurs peurs, leurs convictions, leur refus des inégalités sociales et leur engagement citoyen. John Coltrane sera le témoin et, bientôt, l’acteur de cette agitation populaire salvatrice. Il militera, à sa manière, et s’indignera des exactions outrancières racistes. Lorsqu’il forme son quartet en 1960, il fait entendre instantanément sa frustration dans son propre répertoire.

Le titre « Alabama » révélera d’ailleurs la grandeur d’âme de cet homme profondément atteint par les injustices et les violences impunies. Cette composition est l’écho d’un trouble et d’une colère sourde après l’assassinat de quatre jeunes filles noires brûlées vives par plusieurs membres du Ku Klux Klan dans une église de Birmingham (Alabama) le 15 septembre 1963. « Ce fut l’une des séances d’enregistrement les plus poignantes que j’ai vécues, nous avions tous les larmes aux yeux. Si ce genre d’événement ne vous remue pas, c’est que vous n’avez pas de cœur. Voilà ce que j’appelle une œuvre inscrite dans l’histoire. Elle véhicule à jamais une énergie particulière. Il est seulement dommage que ce soit ce genre de drame qui insuffle une énergie nouvelle à la musique mais en l’occurrence, une tragédie a provoqué une réaction, un événement artistique. La créativité, par définition, s’inscrit dans l’instant, le moment, et lorsqu’on est créateur, l’éclair de génie survient presque en avance sur l’événement, c’est ce qui le rend unique ! ». (Elvin Jones, batteur de John Coltrane, au micro de Joe Farmer en 2003)

Bouillonnant, imprévisible, John Coltrane bouscula le jazz de ses aînés dans un déluge de notes dictées par la contestation mais cet esprit fondeur n’était pas provocateur. Animé par des sentiments profonds, John Coltrane se laissait porter par son émotion, son humeur. Aujourd’hui encore, sa musique parfois excessive irrite les oreilles les plus affûtées. Sans les commentaires avisés de ses proches, il est souvent difficile de décrypter ce patrimoine musical massif. John Coltrane était un artiste libre, exigeant et généreux. Pendant cinq ans, de 1960 à 1965, McCoy Tyner (piano), Elvin Jones (batterie), Jimmy Garrison (contrebasse) et John Coltrane (saxophone) écriront l’histoire. Progressivement, les recherches musicales et spirituelles du leader se teinteront d’un mysticisme jazz troublant et incertain. Quand paraît son œuvre majeure A Love Supreme en 1965, les réactions sont partagées. Cette liberté de ton et cette frénésie débridée, lorgnant vers le free jazz, interpellent.  John Coltrane semble vivre dans un monde intérieur qu’il est le seul à comprendre. Le regretté saxophoniste américain Pharoah Sanders partagea les dernières années de cette quête d’absolu aux côtés du maître : « Il fut l’un des grands leaders du jazz sur cette planète. Je lui suis reconnaissant et je sais que sa musique touche désormais le monde entier. À l’époque, je n’avais pas réellement conscience de participer à une aventure exceptionnelle. Je me contentais d’être moi-même. Ce fut une sacrée opportunité pour moi car j’étais en présence d’un géant. Nous apprenions énormément de lui. Sa musique a fait de nous de plus belles personnes. Je ne peux que me féliciter d’avoir pu jouer à ses côtés. Quand vous vous réveillez le matin, prenez le temps de déjeuner en écoutant sa musique, vous aurez le sentiment de respirer de l’air pur. C’était un être spirituel. Je ne sais pas comment le qualifier autrement. Il était John Coltrane. Sa musique était une vraie prière pour moi et pour nous tous. Il est passé sur cette planète pour faire son office et moi également. Chacun a une voix à faire entendre en ce bas monde ». (Pharoah Sanders sur RFI en juillet 2017)

Le 17 juillet 1967, John Coltrane succombe à un cancer du foie. Il n’a que 40 ans. Son héritage artistique est immense et suscite toujours aujourd’hui interrogations et admiration. De nombreux hommages à travers le monde rythmeront cette fin d’année du centenaire. La Philharmonie de Paris proposera, par exemple, le 5 novembre 2026 un concert exceptionnel emmené par le saxophoniste américain Joe Lovano, en présence du pianiste sud-africain Nduduzo Makhathini. La Maison de la Radio accueillera, de son côté, le saxophoniste James Carter qui saluera le 10 octobre 2026 la mémoire de son illustre prédécesseur.

– Concert hommage à John Coltrane, avec Joe Lovano, 5 novembre 2026, à la Philharmonie de Paris

– Concert hommage à John Coltrane, avec James Carter, 10 octobre 2026, à la Maison de la Radio

– Site John Coltrane.

 

Titres diffusés cette semaine :

– « Cousin Mary » par John Coltrane (1960)

– « Night in Tunisia » par Dizzy Gillespie et Charlie Parker (1946)

– « Alabama » par John Coltrane (1964)

– « A Love Supreme » par John Coltrane (1965)

– « Nature Boy » par John Coltrane (1965)

– « Syeeda’s Flute Song » par John Coltrane (1960)

– « Serenity » par John Coltrane (1966)

– « In a Sentimental Mood » par Duke Ellington et John Coltrane (1963).


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