Hommage à Sonny Rollins
Écrit par sur 30 mai 2026
Le saxophoniste américain Sonny Rollins s’est éteint le 25 mai 2026 à l’âge de 95 ans. Dernier grand représentant d’une génération de créateurs uniques, il a épousé les soubresauts stylistiques du jazz sans trahir sa musicalité délicatement fougueuse héritée de ses illustres prédécesseurs, Coleman Hawkins et Lester Young. Son imposante prestance et sa liberté d’expression le hissent aujourd’hui au rang des légendes du siècle.
Lorsque l’on interrogeait Sonny Rollins sur sa destinée, son humilité jaillissait comme un rempart à une notoriété qu’il ne voulait pas embrasser. Plongé dans une pratique intense de son art, il préférait dédier sa virtuosité au public qui l’acclamait. Un concert de Sonny Rollins était toujours une expérience inédite, une invitation à l’accompagner dans une transe sensorielle que ses balancements corporels frénétiques révélaient. Un solo de Sonny Rollins pouvait être incandescent, soyeux, frondeur, ensorcelant. De décennie en décennie, son jeu majestueusement redoutable a fasciné ses plus fervents admirateurs sans perdre sa pertinence et son originalité.
Les révolutions musicales, les modes, les tendances, les idiomes furent ses alliés pour développer une identité constante et parfaitement lisible. Il y eut des moments de doute, de remise en question, de quête personnelle, mais ces instants de réflexion ne furent jamais des renoncements. Si l’année 1956 restera comme l’étape majeure d’une boulimie productive, elle ne doit pas éluder l’ensemble d’une aventure humaine hors normes. Sonny Rollins a traversé le temps avec aplomb en bravant les obstacles les uns après les autres. Longtemps, il crut à la force spirituelle de la musique dont les bienfaits devaient apaiser une planète en souffrance. Au crépuscule de sa vie, il reconnaissait que ce désir sincère n’était qu’un vœu pieux.
Son regard sur le monde était tristement lucide. Dès 1958, à travers sa « Freedom Suite », il rappelait que le sort réservé aux Afro-Américains par une société profondément raciste était d’une patente absurdité : « L’Amérique est profondément enracinée dans la culture noire : son langage familier, son humour, sa musique. Quelle ironie que le Noir, qui plus que tout autre peut revendiquer la culture américaine comme la sienne, soit persécuté et réprimé ; que le Noir, qui a incarné l’humanité par son existence même, soit récompensé par l’inhumanité ». Derrière ces mots simples mais si puissants, une colère grondait. Son saxophone hurlait des notes que sa frustration ne pouvait réprimer.
Comme tous les esprits vifs, Sonny Rollins ne cherchait pas à s’auto-célébrer. La nostalgie ne lui seyait guère. Trop de sombres nuages avaient déséquilibré sa quiétude. Alors, il regardait constamment vers l’avenir et montrait une vraie gourmandise pour les avancées technologiques qui devaient servir la musique. Il avait conscience de ne pouvoir assister aux transformations enthousiasmantes du XXIè siècle mais il faisait la promesse d’un futur plus radieux : « En dehors de ma passion pour le sax, je m’intéresse beaucoup au multimédia. Il y a là une révolution dans la manière de traiter le son qui se poursuivra bien après ma mort. Je souhaite seulement que l’essence du jazz parviendra à se frayer un chemin à travers toutes ces nouvelles sonorités. J’espère que, dans l’avenir, le pouvoir créatif de l’homme subsistera et sera aussi puissant en 2050 qu’aujourd’hui. Ce pouvoir intime est trop attaché à l’âme humaine pour disparaître. Je ne sais pas quelle forme cela prendra mais je suis certain que cette force, que chaque être humain a en lui, résistera, et ce, quel que soit le type de musique ». (Sonny Rollins au micro de Joe Farmer)
Sonny Rollins nous coupait le souffle tant sa maestria impressionnait. Aujourd’hui, son âme nous souffle des mots de remerciements et de respect éternel.
⇒ Le site de Sonny Rollins.
Programmation musicale :
– « In a sentimental mood » par Sonny Rollins extrait de Road Shows – Vol 4
– « Saint Thomas » par Sonny Rollins extrait de Saxophone Colossus
– « Beef Stew » par Hal Singer extrait de Corn Bread – The Hal Singer Collection 1948–59
– « More than you know » par Sonny Rollins extrait de Moving out
– « Down » par Miles Davis (Feat. Sonny Rollins) extrait Miles Davis and Horns
– « Almost like being in love » par Sonny Rollins extrait de Sonny Rollins with the MJQ
– « Pantajali » par Sonny Rollins extrait de Road Shows – Vol 3
– « Biji » par Sonny Rollins extrait de Milestone Profiles
– « Global Warming » par Sonny Rollins extrait de Global Warming
– « The Moon of Manakoora » par Sonny Rollins extrait de Milestone Profiles
– « Young Roy » par Sonny Rollins extrait de Here’s to the people
– « I wish I knew » par Sonny Rollins extrait de Here’s to the people
– « Now’s the time » par Sonny Rollins extrait de Now’s the time
– « Best Wishes » par Sonny Rollins extrait de Road Shows – Vol 1
– « On green dolphin street » par Sonny Rollins extrait de On Impulse
– « Solo » par Sonny Rollins extrait de Without a Song – The 9/11 concert
– « Don’t stop the carnival » par Sonny Rollins extrait de Without a song – The 09/11 concert
– « The night has a thousand eyes » par Sonny Rollins extrait de What’s new.