«Jazz sous les pommiers» invite Shemekia Copeland
Écrit par sur 16 mai 2026
Depuis plus de 20 ans, la fille du regretté bluesman Johnny « Clyde » Copeland a affirmé sa place dans l’univers des musiques populaires afro-américaines. Sa voix puissante et chaleureuse résonne sur les scènes internationales, ses albums ont été maintes fois primés aux États-Unis, ses prestations ont toujours été saluées par ses nombreux admirateurs. Shemekia Copeland, marraine de notre émission en 2002, est devenue une icône. Le 12 mai 2026, le festival « Jazz sous les pommiers » la conviait à Coutances en Normandie pour une date unique en France et nous y étions…
La soirée que les organisateurs de ce rendez-vous printanier annuel avaient concoctée pour les amateurs de blues authentique fut scintillante. La mise en bouche fut fort goûtue car la jeune Delanie Pickering a le don de jouer avec les contrastes et les couleurs sonores. Son éclectisme lui permet de nourrir son jeu guitaristique d’accents électriques convaincants hérités du Chicago Blues que ses aînés ont forgé au fil des décennies. Timide hors de scène, cette jeune femme s’affirme totalement sur scène. Avec l’humilité qui sied aux grands artistes, elle sait captiver son audience et les spectateurs avertis en furent convaincus à l’issue de sa prestation.
Certes, les fidèles du festival attendaient surtout et avec impatience le moment de savourer la voix puissante et chaleureuse de Shemekia Copeland. Ces dernières années, son engagement artistique sincère s’est doublé d’un activisme musical indiscutable. Si son dernier album, Blame it on eve, n’est pas aussi frondeur que les trois disques précédents (America’s child, Uncivil War et Done come too far), il faut savoir lire entre les lignes et déceler le propos de cette femme de caractère que la maternité semble avoir transformé. Son rôle de mère lui impose des responsabilités évidentes et sa lecture du monde actuel est d’autant plus vigilante. Elle le reconnaît elle-même dans « Tough Mother », elle a désormais du répondant. Ses parents ne sont plus de ce monde, elle doit à présent se comporter en adulte. Ce constat la pousse à prendre le taureau par les cornes alors que la tension sociale, notamment aux États-Unis où elle vit, inquiète la population.
En concert, Shemekia Copeland délivre avec ferveur des messages que les oreilles les plus affûtées savent décoder. Elle épouse progressivement la posture de narratrice que ses ancêtres ont développé pendant des siècles. Elle raconte, certes, l’épopée du peuple noir mais veut dépasser les poncifs éculés et tend la main aux humanistes de toutes origines. En interprétant, par exemple, l’histoire de Rufus « Tee Tot » Payne, elle revitalise le sentiment de générosité présent en chacun de nous car ce brave homme, né en Alabama en 1883, avait défié la ségrégation en apprenant au futur roi de la country, Hank Williams, à jouer le blues. Cet échange entre deux citoyens américains, que la société d’alors tentait d’opposer à cause de la couleur de leur peau, a inspiré une chanson que Shemekia Copeland nous invite à méditer. Lorsque nous l’avions rencontrée pour la première fois en 2002, nous n’imaginions pas que la jeune femme de 23 ans qui s’exprimait à notre micro parviendrait tant à nous émouvoir. Elle est aujourd’hui une artiste reconnue qui a même eu l’honneur de se produire à la Maison Blanche en 2012 à l’invitation du président Obama en présence de B.B King, Buddy Guy et des Rolling Stones. Quel chemin parcouru !
⇒ Le festival Jazz sous les pommiers.
Titres diffusés cette semaine :
« Swing By » par Delanie Pickering (Live à Coutances – 12 mai 2026) « No Equivalency » par Delanie Pickering (Live à Coutances – 12 mai 2026) « Tough Mother » par Shemekia Copeland (Live à Coutances – 12 mai 2026) « Ain’t No Time For Hate » par Shemekia Copeland (Live à Coutances – 12 mai 2026) « Hit Em’ Back » par Kenny Wayne Shepherd (Feat. Shemekia Copeland) extrait de “Dirt on my diamonds »