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Kweku Sumbry, la science des rythmes africains

Écrit par sur 24 octobre 2026

Remarqué ces dernières semaines dans l’orchestre du saxophone Charles Lloyd, le batteur américain, Kweku Sumbry, préserve la force spirituelle des rythmes africains en insufflant une cadence très spécifique aux œuvres de ses contemporains. Actuel directeur artistique d’une formation de danse et de percussions ouest-africaines nommée Farafina Kan, il défend un patrimoine ancestral sur les scènes internationales.

Le drame de l’esclavage ne fut pas seulement une vive douleur humaine, ce fut une tragédie patrimoniale manifeste. Privée de liens ancestraux pourtant indiscutables, la population africaine-américaine a dû se forger une identité que des siècles d’asservissement ont tenté d’effacer. Résister à l’uniformisation sociale imposée par les colons fut un défi pour des millions d’hommes et de femmes victimes de brimades et d’humiliations. L’art fut un exutoire salvateur. Les chants, les incantations, la danse, la musique, les déclamations, ont donné du cœur à une communauté trop longtemps réduite au silence. Kweku Sumbry a conscience que ses racines africaines sont précieuses. Il en connaît la valeur historique. Son rôle est aujourd’hui celui du griot dont les mots transmettent un héritage séculaire. « Les percussions d’Afrique de l’Ouest sont au cœur de mon engagement artistique. Je suis né dans une famille de percussionnistes et de danseurs. Ce sont des gens qui ont, toute leur vie, préservé une culture et l’ont transmise de génération en génération. Il se trouve que je suis né à Washington mais, très tôt, on m’a inculqué ce devoir de connaître ses origines. À travers des livres, des films, des chansons et l’enseignement de mes aînés, je me suis approprié mon africanité. J’ai rapidement compris que l’appel des tambours résonnait dans mon esprit. Cela relève d’une spiritualité que je ne m’explique pas. Pendant des heures, quand j’étais plus jeune, je passais mon temps à taper sur des tambours sans vraiment savoir pourquoi. J’étais seulement attiré par les percussions. Je fermais les yeux et je me laissais porter par la musicalité et le rythme. Très vite, je me suis senti investi d’une mission, celle du « fétiche drummer ». J’étais celui qui faisait le pont entre l’univers du visible et de l’invisible. D’une certaine manière, j’ai grandi dans cette culture et dans ses croyances. Je jouais donc des percussions durant les cérémonies et cela a occupé une bonne partie de mon existence. Jouer des percussions donne un sens à ma vie et me rend heureux. J’ai constamment le sourire aux lèvres lorsque je suis derrière une batterie. J’ai l’impression d’appartenir à une communauté dont l’histoire ancestrale définit mes origines ». (Kweku Sumbry au micro de Joe Farmer)

Ces dernières années, Kweku Sumbry s’est illustré aux côtés de jeunes virtuoses dont les noms scintillent au XXIe siècle : le saxophoniste Immanuel Wilkins, le trompettiste Ambrose Akinmusire, les pianistes Jason Moran et Gerald Clayton, notamment… Il s’épanouit au contact des instrumentistes de sa génération mais n’oublie jamais l’impérieuse nécessité de connaître le passé. Alors, il écoute attentivement ses aînés et s’en inspire. « Je suis très influencé par Famoudou Konaté, qui est toujours parmi nous à 86 ans. C’est un percussionniste incroyable, originaire de Guinée en Afrique de l’Ouest. Il est ma référence absolue, j’étudie profondément sa musique et sa manière de jouer. Je suis également très inspiré par le jeu de Mamady Keïta qui n’est plus de ce monde mais qui a certainement été le plus grand joueur de djembé en Afrique de l’Ouest. Il est d’ailleurs celui qui a accueilli mon oncle Mahiri Fadjimba Keïta dans son groupe. Grâce à lui, nous avons tous appris les traditions et l’histoire de nos cultures ancestrales. Nous avons appris les langues traditionnelles à ses côtés. Sans Mamady Keïta, mon oncle n’aurait pas acquis un tel savoir, et je ne l’aurais pas acquis à mon tour. J’aimerais également citer un autre percussionniste éminent du nom de Fadouba Olaré. Sur ces trois percussionnistes, deux nous ont quittés. Il ne reste plus que Famoudou Konaté ; il continue à jouer dans sa ville natale de Sangbarala, près de Kouroussa, en Guinée ». (Kweku Sumbry sur RFI)

Grâce à des artistes comme Kweku Sumbry, la source originelle des cultures africaines continue d’irriguer « L’épopée des Musiques Noires » et insuffle une vitalité nouvelle à des formes d’expressions antiques profondément enracinées dans l’ADN des diasporas disséminées à travers la planète. Savoir perpétuer un idiome n’est pas un exercice facile. Kweku Sumbry révèle brillamment ce défi.

– Le site de Kweku Sumbry.

Titres diffusés cette semaine :

– « Guarded Heart » par Immanuel Wilkins feat. Kweku Sumbry

– « Forest Flower » par Charles Lloyd

– « Akiwowo » par Babatunde Olatunji

– « Air » par Immanuel Wilkins Feat. Kweku Sumbry

– « Sooner & Later » par Kweku Sumbry 

– « The Rise of a New Era » par Farafina Kan.


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