NSD RADIO

LE DIRECT

En ce moment

Titre

Artiste

Emission en cours

16:00 17:00

Background

André Dacoury-Tabley, l’homme qui voulait le pouvoir par les armes

Écrit par sur 21 octobre 2026

Si le président Laurent Gbagbo, dans l’ombre duquel il s’est fait connaître, a toujours prôné l’alternance politique par les urnes, Louis-André Dacoury-Tabley semblait, lui, privilégier le recours à la force. Guy Labertit, proche des deux hommes, lève le voile sur la véritable personnalité de ce dernier et révèle son goût pour le moins modéré pour l’alternance démocratique.

Cet homme de Guillaume Soro qui met la puce à l’oreille

À l’annonce de la mort de Louis-André Dacoury-Tabley, Guillaume Soro, ancien chef rebelle, s’est fendu d’un hommage qui a interpellé plus d’un. L’ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo et président de l’Assemblée nationale sous Alassane Ouattara avait d’ailleurs donné quelques bribes d’informations qui en disent long sur le rôle bien plus important qu’il n’y paraît de Louis-André dans cette aventure malheureuse pour la Côte d’Ivoire.

« Je garde notamment le souvenir de novembre 2002, lorsque, à l’occasion des discussions politiques de Lomé, conduites sous l’égide de feu le président Gnassingbé Eyadéma, Louis-André Dacoury-Tabley rejoignit notre combat. Dans une période de profondes incertitudes, il fut de cette poignée de cadres politiques qui choisirent d’assumer leurs convictions et de mettre leur expérience au service de notre engagement. », fin de citation de Guillaume Soro.

Cette sortie convoque des souvenirs précis de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Même si Louis-André Dacoury-Tabley avait déjà pris ses distances avec le FPI de Laurent Gbagbo en 2002, il connaissait bien l’organisation et le rôle de chaque personnalité en son sein. On est en droit de s’interroger s’il n’a pas joué un rôle au moment de cueillir et assassiner froidement le ministre Émile Boga Doudou le soir de son retour en Côte d’Ivoire après une mission en France.

La mort de cet homme qui dirigeait le dispositif sécuritaire du pays a été une perte hautement stratégique pour le régime Gbagbo dont il était un des stratèges.

Louis-André Dacoury-Tabley, l’ami devenu l’ennemi tenace

Louis-André Dacoury-Tabley, ex-ami de longue date du président Laurent Gbagbo, avait rallié la rébellion armée de 2002 menée par Guillaume Soro. S’il a dressé le profil de l’homme dans « Décrypter l’Afrique » de Théophile Kouamouo, Guy Labertit, ancien patron Afrique du Parti socialiste, n’a pas manqué de donner sa perception peu flatteuse de Louis-André Dacoury-Tabley, un homme violent qui aurait souhaité à une certaine époque que le FPI envisage l’accession au pouvoir par la force.

Grâce aux témoignages de Labertit, on comprend que Louis-André Dacoury-Tabley n’était pas aussi étranger qu’il paraissait à la conception et à l’exécution de la rébellion armée qui a coulé le régime de son ex-ami Laurent Gbagbo. Allié discret de Blaise Compaoré (ancien président du Burkina Faso) qui assistait la rébellion, il avait ouvertement rejoint celle-ci lors des négociations de Lomé.

Lire aussi : Mort de Dacoury-Tabley : ce que Guillaume Soro ne dit pas

Ses liens avec le protecteur de cette rébellion étaient bien plus anciens et dataient de la sortie du FPI de la clandestinité. C’est lui, pour le compte du principal parti d’opposition de l’époque, allait récupérer l’argent que Blaise Compaoré donnait au FPI, qu’il espérait avoir à ses bottes une fois celui-ci aux commandes de la Côte d’Ivoire.

Ce qui a divisé Laurent Gbagbo et Louis-André Dacoury-Tabley

« Leur proximité (Laurent Gbagbo et Louis-André Dacoury-Tabley, ndlr) était très grande, mais j’ai toujours trouvé le personnage très péremptoire, suffisant et très sûr de lui… », déclare Labertit. « Je l’ai quand même fréquenté pas mal et parfois, y compris dans les débats, je le trouvais un tout petit peu très difficile à supporter… C’est un personnage qui ne m’a jamais donné l’impression d’être habité par la tendresse. »

Lire aussi : Louis-André Dacoury-Tabley est mort : du FPI aux Forces nouvelles

Guy Labertit va plus loin en disant : « Laurent Gbagbo, lui, son mot d’ordre, c’est transition pacifique à la démocratie. Et là c’est une chose que je n’ai jamais dite publiquement ni écrit. Je me suis trouvé en décembre 1998 avec Pierre Mauroy (ancien Premier ministre français et président de l’Internationale socialiste et de la Fondation Jean-Jaurès), c’était d’ailleurs son dernier voyage en Afrique. Il y avait un séminaire à Abidjan avec le FPI et d’autres partis de l’Internationale socialiste. Et Louis-André est venu me voir et il m’a dit “Tu sais, le frère (parlant de Laurent Gbagbo), il commence à nous faire ch*… avec sa transition pacifique à la démocratie”, c’est-à-dire qu’il manquait de patience par rapport à cette stratégie. »

Cet homme jadis très proche de Laurent Gbagbo a finalement basculé dans le camp d’Alassane Ouattara au RHDP jusqu’à sa mort, lui qui avait participé à l’avènement du multipartisme en allant, avec Simone Gbagbo, Émile Boga Doudou…, déposer les statuts du FPI au ministère de l’Intérieur de l’époque.


Les opinions du lecteur

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *