Mort de Dacoury-Tabley : ce que Guillaume Soro ne dit pas
Écrit par sur 18 octobre 2026
Guillaume Soro a rendu hommage à Louis-André Dacoury-Tabley, mort le samedi 17 octobre 2026 à Abidjan, à 81 ans. L’ancien secrétaire général des Forces nouvelles salue un « compagnon de lutte » et un « négociateur résolu ». Son message, très chaleureux, laisse pourtant de côté tout ce qui a éloigné les deux hommes depuis la fin de la guerre.
L’ancien ministre a succombé à une longue maladie. Il était présenté jusqu’à sa disparition comme ministre-gouverneur du district autonome du Gôh-Djiboua, fonction à laquelle Alassane Ouattara l’avait nommé le 18 juin 2021. Son long parcours, du FPI clandestin des années 1980 à la rébellion, est retracé dans notre portrait publié à l’annonce de sa mort.
Ce que Guillaume Soro retient de Dacoury-Tabley
Soro ouvre ses souvenirs sur une date précise, novembre 2002, et un lieu, Lomé. Les discussions politiques se tiennent alors sous l’égide du président togolais Gnassingbé Eyadéma, et c’est là, écrit-il, que son aîné « rejoignit notre combat ». Il le range parmi « cette poignée de cadres politiques qui choisirent d’assumer leurs convictions » à un moment où le pays basculait. L’ancien compagnon de Laurent Gbagbo, à l’en croire, était donc pleinement aligné sur les convictions défendues par la rébellion armée qu’il dirigeait.
Le choix de ce souvenir n’a rien d’anodin. En 2002, le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire passait aux yeux d’une grande partie de l’opinion pour une affaire du Nord. Voir arriver dans sa direction un cofondateur du FPI, ami d’enfance de Laurent Gbagbo et originaire de la région de Gagnoa, changeait la lecture du conflit. Le MPCI pouvait dès lors se prévaloir d’un visage de l’Ouest et d’un ancien du camp d’en face.
Soro détaille ensuite les fonctions de son ancien collaborateur : secrétaire général adjoint du MPCI, membre influent du Directoire politique des Forces nouvelles. Il loue un homme « précieux et rigoureux », un « habile tacticien » présent dans les pourparlers qui ont mené le pays jusqu’à l’accord politique de Ouagadougou, en 2007.
Le texte ne dit rien, en revanche, du prix payé par la famille Dacoury-Tabley. Ce même mois de novembre 2002, le docteur Benoît Dacoury-Tabley, frère du négociateur, était retrouvé mort à Abidjan.
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Une brouille avec les Forces nouvelles passée sous silence
« De ces années d’engagement partagé, entre 2002 et 2010, je retiens la valeur de sa contribution, sa loyauté », écrit Guillaume Soro. Huit années présentées d’un seul bloc. La réalité a été plus heurtée. En avril 2009, la presse abidjanaise rapportait que le ministre ne mettait plus les pieds à Bouaké depuis plus d’un an. En cause, un désaccord sur l’avenir politique des cadres de l’ex-rébellion : fallait-il rejoindre le RDR ou bâtir un parti propre aux Forces nouvelles ? Lui s’opposait à ceux qui penchaient pour le RDR, ce qui lui aurait valu, selon ce récit, d’être mis à l’écart par l’entourage du secrétaire général.
Cette dispute ne l’a pas fait sortir du camp Ouattara. Aux législatives de décembre 2011, boycottées par le FPI, il est élu député de Gagnoa avec 11 140 voix, soit 75,67 % des suffrages. Une victoire nette dans le fief de Laurent Gbagbo, alors détenu à La Haye.
Deux destins opposés depuis 2019
L’hommage met en scène deux hommes que tout a fini par séparer. Le premier est resté dans le giron d’Alassane Ouattara : ministre des Eaux et Forêts dans le gouvernement de Daniel Kablan Duncan, de janvier 2016 à janvier 2017, puis ministre-gouverneur du Gôh-Djiboua. Guillaume Soro, lui, a rompu avec le chef de l’État en 2019. Parti du pays la même année, il a été condamné par contumace à vingt ans de prison en 2020, puis à la prison à vie en 2021.
C’est donc un opposant condamné qui salue un haut responsable de l’État. Soro parle « au nom de nos anciens compagnons des Forces nouvelles », une formule qui revendique un héritage aujourd’hui éclaté, puisqu’une bonne partie de ces anciens compagnons sert désormais le RHDP. L’ancien Premier ministre se pose ainsi en gardien de cette mémoire commune, même à distance.
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Quelles conséquences pour le Gôh-Djiboua ?
La mort de Louis-André Dacoury-Tabley laisse au pouvoir une place délicate à pourvoir. Le gouverneur du district autonome est nommé par décret du président de la République, et Gagnoa, chef-lieu du district, reste une terre politiquement sensible pour le RHDP. Le défunt offrait au parti présidentiel un atout rare : un ancien fondateur du FPI, connu de tous dans la région, capable de parler aux électeurs restés fidèles à Gbagbo. Trouver un profil équivalent dans le Gôh ne sera pas simple.
Dans son message, Soro adresse d’ailleurs ses pensées « aux populations du Gôh-Djiboua, durement éprouvées par cette disparition », avant de conclure par une formule de deuil : « Que la terre de Côte d’Ivoire, pour laquelle il a tant combattu, lui soit légère. » Les obsèques n’ont pas encore été annoncées par la famille.
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