Biographie Adama Bictogo : limogé en 2012, puissant en 2022
Écrit par sur 18 octobre 2026
Biographie Adama Bictogo : un homme d’affaires de l’identification biométrique, limogé du gouvernement en 2012, qui a présidé dix ans plus tard l’Assemblée nationale. Adama Bictogo est né le 14 décembre 1962 à Agboville. Il a 63 ans. Fondateur du groupe SNEDAI, il est maire de Yopougon depuis 2023 et député de cette commune depuis décembre 2025, après avoir dirigé le Parlement ivoirien de juin 2022 à janvier 2026.
Biographie Adama Bictogo : d’Agboville aux affaires
Agboville, sa ville natale, l’enverra trois fois à l’Assemblée nationale. Ses études, elles, le mènent en France. Il obtient un DEUG d’économie appliquée à l’université Paris XII Créteil, puis un master en stratégie et administration des affaires à l’Institut supérieur de gestion.
Sa fortune se construit sur un créneau précis : les documents d’identité. Le groupe SNEDAI, pour Société nationale d’édition de documents administratifs et d’identification, produit en Côte d’Ivoire des passeports et des visas. Il travaille aussi hors des frontières, avec des cartes consulaires au Burkina Faso et, à partir de février 2013, une concession de six ans pour le visa électronique au Sénégal. Ce visa sénégalais est supprimé en 2015 par les autorités de Dakar. Bictogo en est le président-directeur général.
Il diversifie ensuite. La Société de transport lagunaire (STL), qui exploite des bateaux-bus à Abidjan, fait aussi partie de ses affaires.
Ministre de l’Intégration africaine, puis limogé en 2012
Militant du RDR d’Alassane Ouattara, Adama Bictogo entre au gouvernement après la crise postélectorale. Il devient ministre de l’Intégration africaine en 2011. En 2012, la CEDEAO l’envoie aussi comme émissaire dans la crise malienne, aux côtés du ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibril Bassolé, dans la crise ouverte par le coup d’État militaire de mars 2012 à Bamako. Avec Bassolé, il négocie avec la junte du capitaine Amadou Sanogo l’accord-cadre du 6 avril 2012, qui prévoit le retour à l’ordre constitutionnel et la remise du pouvoir au président de l’Assemblée malienne, Dioncounda Traoré.
Le 22 mai 2012, un décret présidentiel met fin à ses fonctions. Le dossier en cause est celui des déchets toxiques du Probo Koala, déversés à Abidjan en 2006, qui ont fait 17 morts selon le bilan officiel et des milliers d’intoxiqués. En 2010, Bictogo avait joué les facilitateurs entre le cabinet britannique Leigh Day, avocat des victimes, et une association de victimes. Une partie des indemnités versées par Trafigura, plus de 4,6 milliards de francs CFA destinés à quelque 6 000 victimes, a été détournée. Le nom de Bictogo apparaît dans un rapport de la police économique.
En juillet 2012, le procureur d’Abidjan, Simplice Kouadio Koffi, conclut que rien ne justifie son inculpation : « Il n’est nullement rapporté une quelconque collusion frauduleuse ». Le parquet qualifie toutefois d’« indue » une avance de 600 millions de francs CFA perçue par l’ancien ministre, qui ne devait être payé qu’une fois toutes les victimes indemnisées. Il n’a jamais été condamné dans cette affaire.
Député d’Agboville et bras armé du RHDP
La sanction ne l’écarte pas longtemps. Député d’Agboville depuis 2011, il est réélu en 2016 avec 57 % des voix, puis en mars 2021 avec 53,6 %. Dans le parti présidentiel, il prend la direction exécutive du RHDP et mène la machine électorale lors de la présidentielle de 2020, celle du troisième mandat d’Alassane Ouattara.
Ses sorties font du bruit, y compris dans son camp. En mars 2022, Ouattara restructure le parti : la direction exécutive disparaît et Bictogo devient secrétaire exécutif. Beaucoup y voient une rétrogradation. La suite va pourtant lui sourire.
Adama Bictogo, président de l’Assemblée nationale
Élu vice-président de l’Assemblée le 14 avril 2021, il assure l’intérim pendant les absences d’Amadou Soumahoro, malade. Soumahoro meurt le 7 mai 2022. Un mois plus tard, il est élu au perchoir le 7 juin 2022 avec 237 voix, contre 6 pour Jean-Michel Amankou.
Biographie Adama Bictogo : le président de l’Assemblée nationale, écharpe aux couleurs nationales, à la tribune de l’hémicycle. Photo : Samigolden07 / CC0, Wikimedia Commons
Le perchoir lui ouvre aussi la diplomatie parlementaire. Le 9 mai 2023, il est l’invité d’une rencontre organisée à Washington par l’United States Institute of Peace, consacrée à la Côte d’Ivoire et à la sécurité en Afrique de l’Ouest.
Il garde un pied sur le terrain. En septembre 2023, le RHDP l’envoie à Yopougon, la plus grande commune du pays et ancien fief de Laurent Gbagbo. Il y bat Michel Gbagbo, le fils de l’ancien président, avec 44 % des voix contre 37 %.
Le scrutin municipal du 2 septembre 2023 avait valeur de test : Yopougon votait depuis des années pour le camp Gbagbo. Le président de l’Assemblée nationale devient ainsi, en plus, maire de la plus grande commune d’Abidjan.
Pourquoi Adama Bictogo a-t-il quitté le perchoir en 2026 ?
Aux législatives du 27 décembre 2025, il conduit la liste RHDP à Yopougon et l’emporte avec 68 % des suffrages. Le PPA-CI, qui boycotte le scrutin, n’a présenté aucun candidat, mais la victoire dans l’ancien bastion de Gbagbo compte pour lui. Le RHDP rafle 197 des 255 sièges. Tout semble prêt pour un second mandat à la tête de l’hémicycle.
Le parti en décide autrement. Le 17 janvier 2026, à la séance inaugurale de la législature 2026-2031, l’ancien Premier ministre Patrick Achi est élu président de l’Assemblée nationale avec 84,98 % des voix, soit 215 suffrages, contre 36 à son unique adversaire. Bictogo n’était pas candidat. Interrogé par Afrique-sur7.fr, le journaliste Alafé Wakili expliquait alors que le RHDP lui réservait sans doute « d’autres missions ». Notre entretien est à relire ici : le départ d’Adama Bictogo de l’Assemblée nationale « ne change rien ».
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Contrôle fiscal et rumeurs d’enlèvement
Les semaines qui suivent sont agitées. Fin janvier 2026, on apprend que la STL a fait l’objet d’un long contrôle fiscal à la fin de 2025, avant même la passation à l’Assemblée. Ce type de vérification relève de la mission ordinaire de l’administration fiscale. Aucune poursuite contre Adama Bictogo n’a été rendue publique à ce jour.
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Le 11 février 2026, des publications sur les réseaux sociaux annoncent son « enlèvement », voire son arrestation. Un communiqué attribué à un prétendu avocat, présenté sous le nom de Kouamé Fulgence, circule. Alain Toussaint, l’un de ses proches collaborateurs, dément le jour même : « En réalité, il s’agit de fake news ». Les publications sont signalées à la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité.
Adama Bictogo, maire de Yopougon au quotidien
Depuis, c’est à Yopougon qu’il occupe le terrain. La commune s’était refait une beauté pour la fête de l’indépendance du 7 août 2026. Quelques semaines plus tard, début septembre, le maire mène une descente inopinée dans les rues et constate le retour des occupations anarchiques. Il annonce des mesures fermes.
Biographie Adama Bictogo : la mairie centrale de Yopougon, commune qu’il dirige depuis 2023. Photo : Belysee65 / CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
Pour un homme qui a présidé le Parlement, le dossier peut paraître modeste. À Yopougon, il ne l’est pas.
La trajectoire d’Adama Bictogo croise celle de nombreux acteurs présentés dans nos biographies de personnalités ivoiriennes. Cette biographie Adama Bictogo s’arrête à la mi-octobre 2026.
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Sommaire
Biographie Adama Bictogo : d’Agboville aux affairesMinistre de l’Intégration africaine, puis limogé en 2012Député d’Agboville et bras armé du RHDPAdama Bictogo, président de l’Assemblée nationalePourquoi Adama Bictogo a-t-il quitté le perchoir en 2026 ?Contrôle fiscal et rumeurs d’enlèvementAdama Bictogo, maire de Yopougon au quotidien