Orpaillage illégal : 4 localités de M’Bengué ferment leurs terres
Écrit par sur 16 octobre 2026
Dans le département de M’Bengué, au nord de la Côte d’Ivoire, la lutte contre l’orpaillage illégal vient de changer de terrain. Le 12 octobre 2026, chefs coutumiers, chefs de terre, élus, femmes, jeunes et mutuelles de développement de M’Bengué, Katogo, Katiali et Bougou ont signé un engagement en dix points. Le verrou qu’ils promettent de fermer en priorité est celui de la terre : plus aucune parcelle cédée ou louée aux orpailleurs clandestins.
Cette signature a lancé quatre jours de sensibilisation, du 12 au 15 octobre, conduits par le préfet du département, Traoré Karim, avec le député-maire Ali Kader Coulibaly. Ils se sont achevés sur un site clandestin de Katiali, où le matériel des exploitants a été détruit avant la remise en état du terrain.
Pourquoi l’orpaillage illégal se joue d’abord sur le foncier à M’Bengué ?
Un chantier d’or clandestin s’installe rarement sans l’accord, payé ou tacite, de ceux qui détiennent le sol. Dans la région du Poro comme dans une bonne partie du nord ivoirien, ce pouvoir revient aux chefs de terre et aux familles qui cultivent les parcelles. En renonçant à céder leurs terres, les signataires visent le maillon qui précède l’arrivée des pompes et des concasseurs, là où les opérations des forces de l’ordre interviennent une fois les fosses déjà creusées.
Le texte ne s’arrête pas au refus de vendre. Les communautés promettent de respecter le moratoire de six mois décidé par le gouvernement, de dénoncer aux autorités toute activité illégale, de sensibiliser leurs proches et d’appuyer l’administration et les forces de défense et de sécurité. Elles disent vouloir privilégier des activités légales et respectueuses de l’environnement, et protéger terres agricoles, forêts, cours d’eau, faune et flore. Le dernier point engage les signataires à aider le corps préfectoral à installer un comité de veille dans chaque village du département.
Le document se referme sur une formule pensée comme un slogan : « M’Bengué s’engage, M’Bengué protège, M’Bengué dit non à l’orpaillage illégal. »
Katiali, un site d’orpaillage détruit puis réhabilité
La délégation s’est rendue sur place dès le lundi 12 octobre, à 15 heures. Les équipes y sont revenues le mercredi 14 et le jeudi 15 octobre, de 8 h 30 à 18 heures, pour démolir l’équipement abandonné par les orpailleurs. Le terrain a ensuite été réhabilité, une opération que les organisateurs présentent comme une première en Côte d’Ivoire.
Aucun bilan chiffré n’a été communiqué sur la quantité de matériel neutralisé ni sur la surface remise en état. Le geste vaut surtout par sa nature. Jusqu’ici, les descentes contre les sites clandestins se soldaient le plus souvent par des saisies et des interpellations, laissant derrière elles des cratères à ciel ouvert que personne ne venait combler.
Orpaillage en Côte d’Ivoire : six mois pour tenir la promesse
L’initiative de M’Bengué colle au calendrier fixé par l’État. Les 4 et 5 septembre à Yamoussoukro, les préfets de région se sont engagés à éradiquer le phénomène dans leurs circonscriptions en six mois, soit d’ici au début du mois de mars 2027. Le 17 septembre, le Conseil national de sécurité a suspendu pour la même durée la délivrance des autorisations d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale, dans un train de nouvelles mesures contre l’orpaillage illégal. Il a aussi annoncé 21 pelotons de sécurité fluviale chargés de surveiller les quatre grands fleuves du pays et leurs affluents, ainsi qu’une loi qui fera de la complicité logistique ou financière une infraction à part entière.
La restauration des sites dégradés figure dans ce plan, avec le Génie militaire et des chantiers à haute intensité de main-d’œuvre. Katiali en donne une première illustration concrète, à l’échelle d’un seul site et d’un seul département.
Le pari du préfet Traoré Karim repose désormais sur les comités de veille villageois. Leur poids dépendra de leur capacité à signaler un nouveau chantier avant le retour des engins, et de la protection offerte à ceux qui dénonceront un voisin ou un parent impliqué dans le trafic. Sur ce point, le pacte signé à M’Bengué ne dit rien.
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