Thomas Sankara, 39 ans après : le Burkina s’arrête à 14 h
Écrit par sur 15 octobre 2026
Ce jeudi 15 octobre 2026, le Burkina Faso marque les 39 ans de l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons, tués le 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente, à Ouagadougou. Première particularité de cette édition : partout dans le pays, la journée de travail s’arrête à 14 h.
Le ministre des Serviteurs du peuple, Mathias Traoré, l’a annoncé dans un communiqué daté du mardi 13 octobre. Le 15 octobre est désormais une « journée de commémoration et de recueillement ». Dans le public comme dans le privé, sur tout le territoire, les horaires sont fixés de 7 h 30 à 14 h. Les services à activité permanente doivent assurer la continuité au-delà.
Pourquoi le 15 octobre n’est-il pas un jour férié ?
Tout vient de la loi n°001-2026/ALT, votée le 9 janvier 2026 par l’Assemblée législative de transition. Le texte sépare deux catégories. D’un côté, onze jours chômés et payés, dont le 1er janvier, le 8 mars, le 1er mai et le 11 décembre, fête nationale. De l’autre, des journées de commémoration où l’on travaille quand même : le 3 janvier, les 4 et 5 août, le 15 octobre, le 31 octobre, Journée nationale des martyrs, et la Toussaint.
Le gouvernement compte sur cette réforme pour récupérer environ 16,9 milliards de FCFA par an. Pour le 15 octobre, la demi-journée libérée laisse le temps aux hommages, au Mémorial comme dans les familles.
Que s’est-il passé le 15 octobre 1987 ?
Arrivé au pouvoir le 4 août 1983, le capitaine Sankara avait rebaptisé la Haute-Volta en Burkina Faso un an plus tard. Le 15 octobre 1987, en fin d’après-midi, un commando ouvre le feu sur la réunion qu’il tient au Conseil de l’Entente. Il a 37 ans. Son compagnon d’armes Blaise Compaoré prend le pouvoir le soir même et le garde vingt-sept ans.
Il a fallu attendre 2022 pour un verdict. Le 6 avril de cette année-là, le tribunal militaire de Ouagadougou a condamné par contumace Blaise Compaoré à la prison à perpétuité, comme Hyacinthe Kafando, présenté comme le chef du commando, et le général Gilbert Diendéré. L’ancien président vit en Côte d’Ivoire depuis sa chute en 2014.
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Le Mémorial Thomas Sankara, un chantier à 117 milliards
Depuis le 17 mai 2025, Sankara et ses douze compagnons reposent dans un mausolée bâti sur le site même du Conseil de l’Entente, financé entièrement par l’État. L’inauguration avait attiré plusieurs délégations étrangères, dont celle d’Ousmane Sonko, venu de Dakar pour l’occasion.
Le reste du Mémorial Thomas Sankara, dessiné par l’architecte burkinabè Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker, avance plus lentement. Le projet complet est estimé à 117 milliards de FCFA et prévoit seize équipements culturels, éducatifs et civiques. En octobre 2025, le comité international du Mémorial a lancé la campagne « Ma brique pour Sankara », qui vise 4 milliards de FCFA auprès des Burkinabè, de la diaspora et des partenaires.
Un héritage revendiqué par Ibrahim Traoré
Au pouvoir depuis septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré cite volontiers son aîné. Souveraineté et production locale : le discours officiel puise largement dans la Révolution démocratique et populaire de 1983. L’intérêt dépasse les frontières burkinabè. Ce jeudi, le nom de Thomas Sankara faisait partie des recherches qui montaient sur Google en Côte d’Ivoire, où vit toujours l’homme condamné pour sa mort.
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