L’énigme Sam Cooke
Écrit par sur 17 janvier 2026
Le 22 janvier 1931, il y a 95 ans, un pionnier de la Soul-Music américaine voyait le jour à Clarksdale (Mississippi). Sa courte vie sur terre a marqué les esprits. Sa voix, sa prestance, son engagement artistique, son activisme social, ont inscrit son nom dans la légende. Il n’aura vécu que 33 ans mais son aura continue de susciter admiration et interrogations.
Marc Dolisi s’est penché sur la destinée de ce personnage unique et s’est notamment intéressé, dans son dernier livre, à cette fameuse nuit du 10 au 11 décembre 1964 durant laquelle Sam Cooke fut froidement assassiné.
Si l’auteur précise, dès l’introduction, que son récit laisse le lecteur conclure tant les zones d’ombre de cette histoire tragique restent nombreuses, il nous guide malgré tout dans les méandres d’une énigme toujours très vivace. Qui a tué Sam Cooke ? Pourquoi ? S’agissait-il d’un complot ? L’enquête de police a-t-elle été bâclée ? Les scénarios ne manquent pour donner à cette affaire une dimension politique mais la réalité est peut-être plus crue. Ce que l’on perçoit aujourd’hui comme une tentative de faire taire un jeune activiste noir en pleine ascension n’est peut-être qu’un triste fait divers. Certes, Sam Cooke avait tissé des liens avec Mohamed Ali et Malcom X et pouvait, aux yeux des autorités racistes d’alors, représenter une menace mais la violence raciale de l’époque était un quotidien auquel aucun homme noir ne pouvait se soustraire. Sam Cooke a-t-il été une victime parmi tant d’autres de la tension sociale qui régnait autrefois ? Marc Dolisi pose la question…
Au moment où sa vie s’arrête, Sam Cooke est une vedette dont la notoriété ne cesse de croître. Son dernier album, Ain’t that good news, laisse entrevoir une progressive affirmation de ses convictions. La chanson « A change is gonna come » donne le ton à cette période charnière de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Le jeune chanteur imagine un changement de paradigme… qu’il ne verra pas ! Ces mots et ces notes ont pourtant autant de valeur que la poésie folk d’un Bob Dylan interprétant « Blowin’ in the wind ». Sam Cooke comprend qu’il peut, à son tour, œuvrer pour donner un nouvel élan aux combattants de la liberté. Ses efforts porteront leurs fruits puisque sa chanson accompagnera les plus téméraires esprits progressistes.
Quelle place aurait occupée Sam Cooke dans la société américaine des années 70 ? Aurait-il, comme son homologue Marvin Gaye, écrit un pamphlet contre la guerre du Vietnam ? Se serait-il insurgé contre les exactions policières ? Serait-il devenu un sage que l’on écoute et que l’on consulte ? Ses intentions artistiques semblaient le conduire vers une prise de conscience toujours plus palpable. Quel regard porterait-il sur ce XXIè siècle inquiétant ? Peut-être trouverez-vous la réponse dans « La nuit de l’Amérique » (Éditions Erick Bonnier).
⇒ « La nuit de l’Amérique », de Marc Dolisi, aux éditions Erick Bonnier.
Titres diffusés cette semaine :
– « Twistin’ The Night Away » par Sam Cooke
– « Jesus Gave Me Water » par The Soul Stirrers
– « A Change is Gonna Come » par Sam Cooke
– « This Little Light of Mine » par Sam Cooke.