Ali Farka Touré, 20 ans après…
Écrit par sur 7 mars 2026
Le 7 mars 2006, Ali Farka Touré disparaissait à l’âge de 66 ans. Quelle empreinte culturelle a-t-il laissée à la postérité ? Son aura nourrit-elle toujours la créativité de ses héritiers ? Depuis Niafunke au Mali, le célèbre guitariste avait défendu et bâti tout au long de sa vie un patrimoine révéré par nombre de ses contemporains.
De Ry Cooper à Martin Scorsese, de Taj Mahal à Toumani Diabaté, de Corey Harris à Lobi Traoré, les louanges n’ont jamais cessé. Retour sur une épopée majestueusement blues.
Ali Farka Touré avait réussi à donner de l’éclat à une culture ancestrale que ses nombreux disques exposaient aux oreilles d’auditeurs attentifs, curieux et ouverts aux matrices musicales africaines. Ali Farka Touré fut un pionnier, l’ambassadeur d’un blues enraciné dans le terreau originel du Sahel. Symbole universel d’un patrimoine sonore ouest-africain, sa prestance et son rôle dans la diffusion d’un héritage séculaire sont indéniables. Son fils, Vieux Farka Touré, a aujourd’hui la lourde responsabilité de porter à bout de bras le message et le discours de son illustre aîné. L’album Les Racines, qu’il fit paraître en 2002, fut sa contribution à la préservation d’un son immédiatement identifiable.
Le répertoire d’Ali Farka Touré est, sans nul doute, devenu intemporel et parfaitement adapté à notre XXIè siècle. Lorsqu’il participa à l’album Talkin’ Timbuktu, en 1994 aux côtés du guitariste américain Ry Cooder, les amateurs de blues eurent le sentiment de découvrir l’un des leurs. Pourtant, même s’il écoutait le blues américain, Ali Farka Touré ne se voyait pas bluesman. On peut cependant trouver des liens entre les traditions musicales africaines et américaines. Longtemps, on a comparé le jeu d’Ali Farka Touré à celui de son homologue américain John Lee Hooker. Qui s’inspirait de l’autre ? Il est clair que le blues est originellement l’émanation d’un idiome culturel africain transporté outre-Atlantique durant des siècles d’esclavage. Ce que jouait John Lee Hooker était un écho d’un lointain passé africain. Ali Farka Touré était le gardien des traditions et même si sa texture sonore ressemblait au blues, elle restait profondément attachée à la terre de ses ancêtres.
L’un des témoignages vibrants du lien invisible mais palpable qui existe entre les continents africain et américain fut le fameux film de Martin Scorsese, « From Mali to Mississippi », qui suit le périple du bluesman Corey Harris en Afrique de l’Ouest et, notamment au Mali, où il rencontre le patriarche Ali Farka Touré. Ce documentaire passionnant, sorti en 2003 dans la série « The Blues », permit aussi l’enregistrement d’un album de Corey Harris en présence de son héros Ali Farka Touré. Corey Harris reconnaissait volontiers avoir éprouvé beaucoup d’émotion en présence d’une légende. « J’avais beaucoup plus à apprendre de lui que lui de moi, tout simplement, parce qu’il était mon aîné et je respecte cela au plus haut point. C’est grâce à lui que j’ai progressé et que j’ai acquis une certaine crédibilité sur le continent africain. Ce n’était pas mon but au départ mais, par la suite, lorsque je me rendais au Mali et que je croisais Djelimady Tounkara, Salif Keita, Cheick Hamala Diabaté, Abdoulaye Diabaté, ils m’accueillaient sincèrement car ils me connaissaient grâce à Ali Farka Touré. Ses contemporains me respectaient. Il y avait un lien fort entre nous ». (Corey Harris au micro de Joe Farmer)
Comparer le blues américain et les tonalités songhaï ou tamasheq nourrit un interminable débat. Notons seulement que l’influence culturelle d’Ali Farka Touré sur les artistes d’aujourd’hui est incontestable. La musique du guitariste et chanteur Cédric Burnside rappelle, à son grand étonnement, les intonations d’Ali Farka Touré. « L’un de mes bons amis est originaire de Gambie. Dans sa discothèque, j’ai découvert un disque d’Ali Farka Touré. Je n’avais jamais entendu parler du personnage. De toute façon, je n’écoutais pas vraiment de musique africaine. Avant même qu’il ne me parle de ce musicien malien, j’ai été interpellé par la sonorité de sa guitare qui me rappelait celle de Junior Kimbrough, une légende du blues dans le Mississippi. J’ai d’ailleurs cru qu’il s’agissait d’un disque de ce vétéran du blues mais, lorsque Ali Farka Touré s’est mis à chanter, j’ai immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas de Junior Kimbrough. Et cette voix du désert malien m’a immédiatement conquis ». (Cédric Burnside sur RFI – Mai 2022)
Sur le continent africain aussi, les héritiers du maestro tentent ou ont tenté de perpétuer son message et sa musicalité si spécifiques. Ce fut le cas du regretté guitariste malien Lobi Traoré. En 2004, il eut l’honneur d’être épaulé par son mentor, Ali Farka Touré, et ce coup de pouce décisif lui permît d’enregistrer l’album Mali Blues. « Au début, j’écoutais Ali Farka Touré sans le connaître, puis je l’ai rencontré et je fus impressionné par son jeu à la guitare sèche. Progressivement, nous nous sommes trouvé des passions communes, jusqu’au jour où Ali Farka Touré m’a indiqué qu’il aimait ma sonorité, qu’il appréciait le fait que j’étais autodidacte comme lui. Son intérêt pour ma musique a attisé son envie de produire un de mes albums. Ali Farka Touré est un joyau de la culture malienne ». (Lobi Traoré – Juin 2004)
20 ans après la disparition d‘Ali Farka Touré, les hommages sont unanimes. Ce grand personnage ne cessera de susciter l’admiration tant son aura irrigue toujours l’inspiration des instrumentistes actuels. Le festival « Ali Farka Touré » le célébrera d’ailleurs du 27 au 29 mars 2026 à Lafiabougou et Niafunké au Mali !
⇒ La Fondation Ali Farka Touré.
Titres diffusés cette semaine :
– « Sambadio » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Voyageur
– « Hani » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali
– « Seygalare » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali
– « Diaraby » par Vieux Farka Touré et Kruangbin, extrait de l’album Ali
– « Diaraby » par Ali Farka Touré et Ry Cooder, extrait de l’album Talkin’ Timbuktu
– « Khafolé » par Eric Bibb et Habib Koité, extrait de l’album Brothers in Bamako
– « Ruby » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album Ali & Toumani
– « Kadi Kadi » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album In the Heart of the Moon
– « 44 Blues » par Corey Harris, extrait de l’album Mississippi to Mali
– « Call on me » par Cedric Burnside, extrait de l’album Benton County Relic
– « Dunya » par Lobi Traoré, extrait de l’album Mali Blue
– « Penda Yoro » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Savane
– « Mahini Me » par Ali Farka Touré et Taj Mahal, extrait de l’album The Source.